Bertelsmann renonce à une OPA sur RTL Group
La levée de boucliers des minoritaires contre un prix jugé
trop étriqué a pesé sur la décision.
Le quatrième groupe de médias au monde, l'Allemand
Bertelsmann, qui détient aujourd'hui 90,2% de RTL Group, songe
à en retirer l'action de la Bourse de Londres. "Cette
cotation se justifiait lorsque Pearson était présent
dans le capital de RTL Group", dit?on dans l'entourage de Thomas
Middelhoff. Or depuis décembre dernier, l'éditeur anglais
a repris ses billes...
Bertelsmann résoudrait donc de cette manière le problème
de liquidité chronique qui se pose à Londres depuis
que le titre y a été introduit en juillet 2000.
Le London Stock Exchange impose par ailleurs un free float minimum
de 15%. RTL Group avait promis de remplir cette condition lors de
sa constitution mais force est aujourd'hui de constater qu'il prend
la tendance opposée. "Bertelsmann maintiendra sa participation
dans RTL Group et se réserve le droit de l'accroître",
indique un communiqué daté de Gütersloh.
Bertelsmann a finalement renoncé à lancer une offre
publique d'achat sur le solde des actions de RTL Group encore en circulation.
Il en avait formulé l'intention en décembre dernier
dans la foulée de la reprise des 22% détenus par Pearson
au prix de 44 euros par titre.
Le projet se heurtait notamment au courroux des actionnaires minoritaires
qui estimaient ce prix trop étriqué. Une action est
pendante devant les tribunaux luxembourgeois pour tenter d'obtenir
les mêmes conditions que celles octroyées à GBL.
En juillet 2001, le groupe belge avait échangé sa participation
de 30% dans RTL Group contre 25% de Bertelsmann.
Middelhoff s'est toujours dit opposé à une surenchère
pour les quelque 10% restants. L'accord avec Pearson prévoyait
d'ailleurs une
soulte en cas d'offre à un prix supérieur dans les 18
mois.
Le géant des médias Bertelsmann renonce finalement à
faire offre sur le solde des actions RTL Group encore en circulation.
En décembre dernier, l'entreprise de Gütersloh avait officiellement
fait part de son intention de lancer une OPA sur les titres restant
dans le public dans la foulée de la reprise des 22% détenus
par le groupe anglais Pearson au prix de 44 euros par action. La proposition
n'a donc finalement pas dépassé ce stade.
"Depuis décembre, conformément à son intention
initiale, Bertelsmann a attentivement analyse la possibilité
de lancer une offre volontaire selon les mêmes ici mes que ceux
offerts à Pearson. Bertelsmann est parvenu à la conclusion
après ces discussions qu'une offre dans de telles conditions
était irréaliste", précise le groupe dirigé
par Thomas Middelhoff dans un communiqué.
Bertelsmann se réserve cependant le droit de renforcer sa position
dans RTL Group sur les marchés.
Plusieurs raisons peuvent expliquer ce retrait. Comme Sigfried Luther,
CFO de Bertelsmann, l'expliquait dans nos colonnes dernièrement
(voir L'Echo du 19/01/2002), "Bertelsmann et RTL Group ont tout
intérêt à se rapprocher". Mais disposant
à ce jour de 90,2% des actions du preutier groupe audiovisuel
privé en Europe, Bertelsmann dispose largement de toutes les
cartes pour
I favoriser les synergies entre ses différentes entités.
Pour Thomas Middelhoff, le jeu rien valait finalement pas la chandelle,
laisse?t?on entendre du côté de Gütersloh. Et le
groupe préfère consacrer ses ressources à sa
future IPO qu'aux différents stades d'une OPA volontaire.
La levée de boucliers des actionnaires minoritaires de RTL
Group, farouchement opposés au prix de 44 EUR, participe également
à la décision. Bertelsmann s'est formellement déclaré
opposé à toute surenchère par rapport au prix
versé à Pearson. Et d'autant plus opposé que
l'accord avec l'éditeur anglais octroie une soulte à
ce dernier en cas d'offre supérieure sur le solde dans les
18 mois.
Les minoritaires, notamment luxembourgeois, réclament devant
les tribunaux grand?ducaux l'augmentation du flottant à 15%
à court terme et l'octroi des conditions offertes à
GBL en juillet 2001 lors de l'échange de 30% de RTL Group contre
25% de Bertelsmann.
L'affaire, portée au fond, a le soutien du CSSF, le gendarme
boursier luxembourgeois, quia pris position en affirmant que GBL et
Bertelsmann auraient dû traiter l'ensemble des actionnaires
sur le même pied.
Dans l'expectative de l'issue de ce procès, sans doute pas
avant 2003, les minoritaires n'ont d'autres ressources que d'attendre
et voir... Dans l'état actuel du droit européen, belge
et plus encore luxembourgeois, aucune réglementation ne permet
aux minoritaires d'exiger un "squeeze out". Deux propositions
de loi belge et un projet de directive européenne ouvrent cette
perspective, mais sont encore loin d'aboutir.
Un petit tour à Londres et puis s'en va...
Bertelsmann fait très nettement part de sa volonté
de renforcer sa position dans RTL Group. Ses récents achats
sur les marchés au prix fixe de 44 EUR ?lui ont permis de porter
sa participation au?delà de 90%, "Bertelsmann a l'intention
de maintenir sa participation dans RTL Group et se réserve
le droit de l'accroître." Le communiqué de la compagnie
est on ne peut plus clair.
Se posera donc immanquablement la question des limites de "free
float" sur l'une ou l'autre des places boursières où
RTL Group est coté (Londres, Bruxelles et Luxembourg).
Lors de sa création en juillet 2000, RTL Group avait promis
de porter son flottant à 15% pour rencontrer les exigences
de la Bourse de Londres. Faute de tenir cette promesse, Bertelsmann
songe aujourd'hui à retirer purement et simplement RTL Group
de la cote londonienne. "Le listing de Londres se justifiait
par la présence de Pearson dans l'actionnariat du groupe. Aujourd'hui,
Pearson est sorti...", indique?t?on dans l'entourage du géant
de Gütersloh, sans pour autant donner de délai à
cette opération.
La présence sur Euronext Bruxelles et à Luxembourg suffirait
pour l'instant. En attendant éventuellement une offre ferme
sur le reliquat une fois passé le lock?up de 18 mois conclu
avec Pearson.
Lo.F.
L'Echo 20.03