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Les clubs d'investissement


L'histoire des valeurs mobilières est celle de la prospérité des nations.

Encore au XIXe siècle, siècle de la révolution industrielle, la notion d'actionnaire s'est confondue avec celle de l'entrepreneur. Les mises de ceux qui entendaient courir le risque de l'entreprise étaient rassemblées dans les sociétés par actions.
Mais on ne tardait pas à s'apercevoir que les nouvelles techniques étaient grandes consommatrices de capitaux, les patrimoines particuliers n'étaient plus en mesure d'en assurer le développement.
De cette contrainte est issu le grand développement des valeurs mobilières.
Actuellement, l'actionnariat s'institutionnalise de plus en plus. Les fonds de placement qui nous sont venus d'outre-atlantique semblaient remplacer l'actionnariat direct. Les deux formules ne se contredisent pas, elles se complètent.
Le petit épargnant, disposant d'économies mensuelles plutôt modiques, peut difficilement mettre de côté quelques milliers € par mois, pendant une année, pour les placer ensuite en valeurs mobilières. La société de consommation moderne est trop séduisante, le cumul des petites épargnes crée trop d'impatience et favorise l'oubli d'un placement à plus longue échéance.

L'épargne en valeurs mobilières au point de vue international

Les contestations socialistes et les difficultés causées par les guerres semblent être les motifs profonds du désintéressement de nos populations vis-à-vis des valeurs mobilières.
Le dividende était devenu chose politiquement honteuse et le capital a été chargé du crime d'exploiter les travailleurs.
Tout cela est faux, archifaux.
Aux Etats-Unis, chaque citoyen est conscient du service que les actionnaires rendent à la nation. Les syndicats sont de gros actionnaires, intéressés à la prospérité de la Bourse et ils considèrent le dividende comme le plus juste salaire de l'épargne.
Quant au capital, c'est de l'épargne. Sans lui il n'y aurait pas d'économie moderne, pas d'industries qui offrent une riche gamme de produits à la consommation.
Grâce à cette épargne, se développent et se multiplient les entreprises pour donner aux travailleurs un emploi qui les rémunère afin qu'ils puissent satisfaire à leurs besoins.
Les Américains sont conscients de ces choses. Quel pouvoir politique européen oserait faire de la propagande électorale avec le sujet de la Bourse ? Nous vous posons la question. Aux Etats-Unis c'est courant.
Les fonds communs de placement ont eu le bénéfice d'intéresser les Européens de nouveaux aux marchés boursiers en promettant des gains sensibles. Lorsque la conjoncture boursière internationale s'est dégradée, particulièrement en 1970, les déficiences et parfois même le caractère frauduleux de certains fonds sont apparus au grand jour. Les difficultés rencontrées ont été à l'origine d'une remise en cause de la forme de la gestion collective de l'épargne et des valeurs mobilières tout court. Les demandes de remboursement ont alors fait boule-de-neige, ce qui a provoqué des ventes massives dans les portefeuilles des fonds, et causé une chute profonde de la valeur d'inventaire des parts.
L'expérience des fonds de placement a cependant joué un rôle éducateur en ouvrant à beaucoup d'épargnants la voie d'une meilleure compréhension du marché boursier. Si l'amateur doit aujourd'hui faire un choix raisonné dans le grand supermarché des mutual funds, il est par surcroît amené à s'intéresser personnellement au marché des capitaux. Les épargnants sont nombreux à faire leurs premiers placements en titres de fonds d'investissement pour finir par l'achat personnel d'actions en bourse. De cette action bénéfique que les fonds ont exercée sur les épargnants est née la prise de conscience que la bourse est ouverte à tous ceux qui veulent faire fructifier leur épargne en l'associant à l'expansion économique du monde libre.

Origine et situation actuelle

Le premier club d'investissement, comme presque toutes les innovations dans le domaine des titres, nous vient des Etats-Unis, du pays où chaque septième habitant est actionnaire.
Le broker américain George Nicholson a constitué en 1939, à Détroit, le "Mutual Investment Club" qui est aujourd'hui le symbole de la grande réussite du mouvement.
La véritable extension a eu lieu au cours des années 1950.
D'autres pays ont suivi l'exemple : la Grande-Bretagne, le Japon, autre pays au peuple actionnaire, la Suède, la Belgique et la France. La liste n'est pas exhaustive.

Définition

Le club d'investissement est un groupe de personnes dont les membres se connaissent mutuellement de par leur communauté de travail ou d'intérêt. Le but du groupe est utilitaire et éducatif, à savoir :
- promouvoir un esprit d'épargne organisée ;
- permettre aux membres d'accumuler, de placer et de faire fructifier leur épargne ;
- étudier, grâce à une participation active à la vie du club, la vie des entreprises, les placements en valeurs mobilières et mettre en commun les informations disponibles pour un échange de vues et pour aboutir à une décision dans le domaine du placement en titres.
L'objectif d'un club d'investissement est de familiariser chacun de ses membres avec la vie boursière par la pratique de l'investissement en valeurs mobilières, en mettant en commun à la fois les connaissances et l'épargne de chacun.
Un club d'investissement est donc un petit fonds commun de placement qui entend se spécialiser dans la gestion d'un portefeuille de valeur mobilières pour effectuer rationnellement des placements pour le compte collectif et exclusif de ses participants, des investissements que ceux-ci ne peuvent, ou ne veulent entreprendre individuellement, faute de moyens et de connaissances.
Le club doit assurer l'apprentissage de l'investisseur d'une manière agréable. L'approche vécue des faits économiques est non dépourvue d'agréments, elle est une méthode efficace basée sur la mise en commun des réflexions et des informations de plusieurs.
Les Américains définissent comme suit la philosophie des clubs d'investissement : "Apprendre aux gens comment placer leur argent chaque mois en usines et en machines par l'intermédiaire des actions et des obligations pour construire des industries modernes dans leur pays."

Comment former un club d'investissement ?

Pour entrer dans un club d'investissement, vous avez le choix entre deux possibilités : Ou bien vous entrez dans un club existant, ou bien vous contribuez à la création d'un club nouveau.
La première solution est souvent la plus difficile. Le droit d'entrée est élevé. Les clubs plus anciens sont en outre difficiles à dénicher et de plus au complet, de sorte qu'une nouvelle admission n'est pas possible, ou non désirée.
Si vous voulez donc devenir membre d'un club, il ne vous reste souvent autre chose que d'essayer de le mettre sur pied. Vous-même convaincu, vous pourrez convaincre quelques-unes de vos connaissances qui contagieront d'autres à leur tour.
Il suffit dès lors qu'une personne dynamique prenne l'initiative de réunir deux ou trois amis recrutant à leur tour des personnes parmi leurs relations. Des gens d'horizons ou de professions différents enrichiront le club par la diversité de leurs expériences. Pour ne pas mettre en péril la cohésion du groupe, leur niveau social et leur éducation seront du même ordre. Ce seront des amis, des camarades de lycée ou d'université, des employés de banque, des médecins ou des membres du personnel d'une même entreprise ou même d'un club de quilles qui se mettront ensemble pour étudier et pratiquer l'investissement en valeurs mobilières.
Relevons que le nombre des membres ne doit pas dépasser la vingtaine, les responsables de la Fédération belge avancent le nombre idéal de 10 clubistes pour entamer la constitution, ce nombre pouvant progressivement être porté à quinze ou vingt.
Parvenu à ce stade d'avancement de votre projet, vous devrez vous préoccuper du fonctionnement de votre futur club.
Comme il est souhaitable de déposer les liquidités et les titres auprès d'une banque, vous rendrez visite à un banquier qui sera en même temps agent de change. Spécialiste en valeurs mobilières, il vous informera, vous apportera son concours pour vous guider dans les études de valeurs qui vous intéressent.
Vient alors la première réunion pour laquelle les sujets à débattre seront nombreux. Elle assemble les candidats en présence de quelqu'un ayant une certaine expérience des clubs, afin d'assurer l'établissement définitif des statuts. On procédera aux nominations (Président, secrétaire, trésorier etc.). On décidera encore du montant de la cotisation mensuelle, de la mise initiale, des jours de réunion etc. Enfin, vous n'oublierez pas de baptiser votre club, vous lui donnerez un nom en relation des affaires que vous voulez réaliser.

Le fonctionnement du club

Avant d'aborder les diverses fonctions exercées par les membres d'un club, nous voulons souligner qu'il appartient à chacun des membres de collaborer dans toute la mesure à l'objet posé, celui de l'étude des valeurs mobilières et du placement en bourse. Le club doit être avant tout une école agréable et intelligente de la bourse et du monde des affaires que vous voulez découvrir et explorer.
Dès lors, une participation active est souhaitée de la part de tous les membres.
A la tête du club se trouve le Président qui doit orienter et diriger les débats des réunions qui sont convoquées par lui. Les réunions ont généralement lieu une fois par mois. Les membres de clubs d'entreprises se voient après les heures de travail dans la salle de conférence de leur patron, d'autres préfèrent le café du coin, les dames parfois le salon de consommation ou, à tour de rôle, la réunion aura lieu au domicile d'un des membres. Cette dernière façon de se réunir semble avantager particulièrement la cohésion du groupe.
Le Trésorier établit les situations mensuelles, le Secrétaire rédige les rapports. En principe deux personnes ont le droit d'engager le patrimoine commun, leurs signatures seront déposées chez le banquier.
Les décisions de placement ou de désinvestissement seront prises à la majorité des 3/4.

Le déroulement d'une réunion

Après la réunion d'information et d'organisation aura lieu la réunion inaugurale, celle qui rendra définitive la constitution du club. Elle sera exceptionnelle par son programme et donnera la forme aux réunions ultérieures, minutieusement organisée, elle constituera une complète réussite.
Les statuts définitivement mis au point doivent être approuvés et signés par tous les membres.
Un exemplaire des statuts signés sera passé à la banque qui a été choisie comme intermédiaire dépositaire des fonds et du portefeuille. Les statuts seront accompagnés des délégations de signature.
Comme beaucoup de clubs sont issus de milieux profanes dans les questions boursières, il est à conseiller de s'adjoindre un spécialiste en la matière pour les premières réunions. Ce conseiller sera une des chevilles ouvrières des réunions d'acclimatisation du sujet. Etant donné qu'il arrive fréquemment à avoir une prépondérance dans les discussions, il est souhaitable qu'il ne fasse pas partie du club et qu'il ne prenne part aux votes sur les décisions à prendre.
Au début, l'expérience des membres est généralement minime.
Le risque ne sera pas tellement important et un accident de parcours ne sera pas lourd de conséquences puisque les sommes à gérer seront encore modiques. Par la suite le portefeuille augmentera en même temps que la compétence des clubistes.

Voici le programme courant d'une réunion :

1. Situation des cotisations
2. Rapport sur l'état du portefeuille et présentation de la situation mensuelle
3. Chronique boursière nationale et internationale
4. Etude approfondie d'une ou de plu sieurs valeurs
5. Choix des investissements et des désinvestissements à faire
6 Evolution des titres déjà en porte feuille
7. Divers.

Le point trois mérite qu'on s'y arrête. L'étude de la chronique boursière est facilitée par la lecture de journaux financiers, on peut encore recourir au spécialiste ou se référer aux cotes officielles des bourses. La Bourse de Luxembourg s'apprête volontiers à tenir à la disposition des clubs une cote officielle, une fois par semaine, par exemple, aux moindres frais possibles. L'initiative des banques rédigeant des aperçus sur la bourse peut encore être retenue de même que la publication des cours et d'aperçus boursiers dans la presse.
La chronique ne doit pas être longue, il suffit qu'elle retrace dans les grandes lignes l'évolution des principales places boursières mondiales en ayant soin de dégager, si possible, la tendance conjoncturelle des principaux pays observés.
Au point " divers " d'autres questions seront traitées, comme par exemple la discussion d'un article de journal intéressant, l'analyse des bilans, les questions fiscales, la visite de la bourse, d'une entreprise, l'assistance à une assemblée générale d'une société, la position à y défendre, etc...
A la fin de la réunion, les membres essaient d'élaborer l'ordre du jour de la prochaine réunion et retiennent la date prévue.

La politique de placement

Un club d'investissement est une entreprise qui doit être menée rationnellement : le placement en valeurs mobilières, pour passionnant qu'il puisse être, est un acte réfléchi, précédé de l'analyse critique. On ne doit pas jouer en bourse. Celle-ci n'est pas une loterie où vous pourriez tirer au hasard les bons numéros. La bourse n'est rien d'autre que le miroir de la vie économique. Il faut étudier cette économie pour voir les tendances conjoncturelles, rechercher les différentes sociétés dont l'avenir semble prometteur et diversifier le placement de son épargne en conséquence.
La diversification est la règle d'or d'une bonne méthode de placement en valeurs mobilières. Le bon dosage des diverses composantes du portefeuille est indispensable par une diversification qui doit être réalisée en fonction de la nature même des titres, de la nationalité du placement et du secteur économique choisi.
La règle de la répartition ne devra toutefois être poussée au-delà de la mesure, il ne faut en effet pas confondre diversification et éparpillement.
L'investissement en valeurs mobilières comporte, nous ne le nions pas, la notion de risque. Quel est d'ailleurs le placement qui en échappe totalement ?
Vous pouvez vous prémunir contre les conséquences néfastes si vous observez certaines règles élémentaires.
La première, la plus importante, nous venons de la voir, c'est la règle de la répartition.
La seconde est constituée par l'étude et l'analyse des valeurs, basées sur l'information et la prévision. Il vous faut sélectionner les entreprises qui présentent une solidité financière et une gestion saine qui leur garantissent l'expansion. On dit en effet, et non sans raison, que l'opérateur en bourse achète l'avenir, tout en gérant le présent.
La troisième : méfiez-vous des tuyaux de bourse trop prometteurs, il s'agit le plus souvent de tuyaux crevés.
La quatrième : Vous devez surveiller l'évolution des cours, essayer de voir les causes éventuelles de la baisse de tel titre, le vendre s'il n'a pas de chances sérieuses de reprise. Acquérir telle autre action devenue intéressante par son prix.

Quid des intérêts et dividendes perçus ?

A la clôture de l'exercice, le Trésorier détermine, pour l'année écoulée, le montant des revenus encaissés et le montant des plus-values (ou pertes) enregistrées ou réalisées. Les membres décident alors en assemblée générale de l'affectation des résultats si les statuts ne prévoient pas d'office la capitalisation des revenus.
Si les revenus sont distribués, chaque membre recevra le prorata en vertu du nombre de parts qu'il détient. Nous conseillons de capitaliser en tout cas les plus-values éventuelles.
Comme un club d'investissement vise l'épargne à plus long terme, il est préférable de réinvestir et les revenus et les plus-values pour faire croître la valeur du portefeuille commun.

Les cotisations

Le montant des cotisations mensuelles dépend du pouvoir d'épargne des membres et peut varier entre 100 et 1 000 €.
Beaucoup de clubs admettent encore le principe des mises multiples. Dans l'hypothèse de cotisations mensuelles de 100 € par part, certains membres voudront verser 100, d'autres 500 et encore d'autres 1 000. Les premiers se verront attribuer une part, les seconds cinq et les derniers, dix. Le nombre de parts détenues par un même clubiste peut être limité par les statuts.
Certains clubs prévoient un versement initial de démarrage de 500 à 1000 € par part pour disposer immédiatement du capital nécessaire en vue d'effectuer des opérations de bourse.
Cette mise initiale n'est pas indispensable mais très utile puisqu'elle permet dès le départ une certaine diversification du portefeuille.


L'aspect juridique

Le club doit recevoir un cadre juridique bien défini.
Au Grand-Duché, les clubs peuvent adopter trois formes différentes :

- la société holding
- la société civile ou
- la forme juridique de l'indivision.

Le régime de l'indivision présente le plus de souplesse. Il est organisé par la volonté des parties. Les statuts du club réglementent l'indivision. Les droits des propriétaires indivis sont exprimés par les parts qu'ils possèdent dans le club, chaque part correspondant à une même fraction des avoirs communs.
Chaque indivisaire s'oblige à ne pas demander le partage en nature pendant la durée de l'indivision et cela sans préjudice de son droit de sortir de l'indivision conformément aux dispositions statutaires.
Par leurs signatures, les clubistes s'engagent à respecter les statuts.
La définition juridique de cette forme retenue pourrait être celle-ci : Le club d'investissement représente un ensemble de valeurs mobilières et de sommes placées à court terme ou à vue, appartenant aux membres, et qui ont sur eux un droit de propriété indivis. Les clubistes ne constituent pas de société commerciale et n'ont pas la personnalité morale.
Il n'y a dès lors pas de formalités administratives à remplir.
Si vous désirez recevoir un exemplaire de statuts types, contacter INVESTAS a.s.b.l..

L'information et la formation

L'homme d'aujourd'hui prend de plus en plus conscience de l'importance des faits économiques et financiers, il désire être informé et comprendre les nouvelles économiques qui conditionnent l'avenir de son pays et de l'entreprise qui l'emploie.
Le club d'investissement constitue une école agréable pour apprendre le monde des affaires et pour découvrir la vie économique nationale et internationale.
L'adhésion à un club exigera le maintien d'un état d'esprit constamment en éveil sur les informations d'ordre économique reçues dans la vie quotidienne par la presse, la radio ou la télévision. Le club d'investissement permettra à chacun le développement de ses connaissances des valeurs mobilières, de la bourse, des techniques de financement des entreprises, des analyses de valeurs etc.
Grâce à l'information récoltée, soit par la lecture d'ouvrages spécialisés sur la bourse, soit par les prospectus d'émission de titres ou encore par des études spéciales de valeurs mobilières ou d'entreprises, l'éducation et la formation seront cultivées et les connaissances seront enrichies.

( D'après une conférence de M. Henri GRISIUS )


Des informations supplémentaires concernant la création et le fonctionnement d'un club d'investissement peuvent être obtenues après du secrétariat (tél. : 26 33 12 04) ou auprès du président (tél. : 33 96 33).

- Dernière mise à jour: 15/05/03 -

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